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Sur le salon du brasseur à Nancy, j’ai rencontré Antoine Wuchner, directeur commercial du Comptoir agricole. Les brasseurs connaissaient le comptoir sous le nom de Cophoudal (coopérative des planteurs de houblon d’Alsace) avant une fusion avec le Comptoir Agricole (coopérative céréalière en 2010).

 

Simon : Qu’est-ce que le comptoir agricole ?

Antoine : C’est une coopérative d’agriculteurs située en Alsace qui compte 4000 membres. Initialement c’est une coopérative céréalière mais dans la filière il y a 45 planteurs qui produisent 465 hectares de houblons.

S : Uniquement des variétés alsaciennes?

A : Sur ces 465 hectares il y a 15 variétés qui sont des variétés alsaciennes qui sont issues de nos plans de recherche et il y’a des variétés étrangères qui sont produites en Alsace mais également vendues dans le monde entier.

S : Donc pour les autres variétés vous devez les planter sous licence ?

A : Non, on pourrait les planter sous licence. Mais aujourd’hui on a suffisamment à faire avec nos variétés. Les variétés étrangères sont exclusives, elles ont été sélectionnées par des instituts de recherche qui ont payé pour ça, donc ces instituts les gardent pour elles ou en font ce qu’elles veulent. De la même manière, nos variétés issues des nos plans de recherche sont exclusives et on a aussi une politique de distribution de ces variétés avec les nouveau houblonniers dont on entend parler un petit peu partout en France aujourd’hui.

S : Vous parlez de « néo-planteurs » qui ont ou vont rejoindre le comptoir agricole ?

A : Non. Je parle par exemple de micro-houblonnières, de personnes qui demain veulent se lancer dans la culture du houblon et qui veulent donc avoir accès à des plans. Et le comptoir agricole a réfléchi à la délégation de ses variétés à ces nouveaux houblonniers qui en font la demande.

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S : Des planteurs indépendants ?

A : Ils peuvent être indépendants, ou se grouper sous forme d’associations qui pourraient rejoindre demain l’association des planteurs de houblons. C’est leur démarche propre. Mais ils participent au développement de variétés alsaciennes dans des plantations hors Alsace.

S : D’accord, donc vous « délocalisez » la production alsacienne pour étendre votre marché ?

A : Premièrement, ça permet d’étendre le marché. Surtout de développer certaines variétés parce qu’en Alsace on a un peu du mal bizarrement à trouver des nouveaux planteurs car ils ont été « vaccinés » par le passé avec les différents accidents qu’ont connu les houblons.

S : Vous parlez des maladies type mildiou ?

A : Oui, mais surtout d’accidents commerciaux entraînant des chutes de prix énormes. Donc aujourd’hui on essaye de montrer aux planteurs que le houblon est rentable, on essaye de les inciter à planter du houblon plutôt que d’autres céréales comme le maïs. D’après moi on ne se pose pas assez la question de la diversification des cultures.

S : Quels sont vos concurrents ?

A : Il faut savoir que le houblon alsacien c’est 1% du marché mondial. Donc aujourd’hui nos concurrents ce sont les variétés américaines, quelques variétés allemandes mais au vu des volumes que nous produisons on arrive sur notre marché à proposer à nos brasseurs des variétés originales et différentes.

S : Vous pouvez proposer des variétés équivalentes aux variétés aromatiques US ?

A : Non, un Strisselspalt n’a pas vocation à remplacer un Simcoe ou un Mosaïc. Cependant, j’ai bu des IPA au Triskel, au Mistral, au Barbe Rouge et on a des houblons intéressants qui arrivent. On va avoir des IPA qui sont beaucoup plus fines et techniques qu’une IPA américaine. Ce qu’on observe aussi c’est qu’on est en train de revenir sur des bières moins houblonnées, des lagers, des Pale Ale. On fait le mouvement inverse.

 

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S : Selon vous la tendance des bières houblonnées est derrière nous ?

A : Je pense qu’il se passe un autre phénomène. Dans ces pays est apparu dans la fin des années 2010 la première vague de microbrasseries. Aujourd’hui une nouvelle vague de microbrasseries apparaît sur notre marché avec cette notion de local telle qu’on la connaît aujourd’hui.

 


“Cette nouvelle vague de microbrasseurs en 2020 veut brasser quelque chose de différent de la première en 2010.”


 

S : Donc cette nouvelle vague concurrence la première qui est pourtant déjà relativement récente ?

A : Oui, ces nouvelles brasseries sont en train de prendre des becs dans des bars avec l’aspect local au détriment des microbrasseries déjà présentes depuis les années 2010. Donc non seulement la première vague est en concurrence mais également en perte de vitesse.

S : La nouvelle vague jouerait davantage la carte locale ?

A : Oui, l’idée c’est de se différencier de la concurrence, faire des choses différentes, c’est un créneau non négligeable. C’est là qu’on essaye de se démarquer. Après forcément si on fait une IPA américaine on utilise du houblon américain.

S : Les houblons alsaciens c’est du cône ou du pellet ?

A : Alors les deux, sauf qu’aujourd’hui on ne fabrique pas nous-mêmes les pellets. C’est pourquoi on va investir dans une unité de pelletisation pour avoir le contrôle sur cet aspect, au moins sur le bio. On travaille aussi sur la possibilité de stocker à froid le houblon pour des clients qui ont des gros volumes.

S : Quelle est la durée de vie de vos houblons ?

A : Une année. Au bout d’une année on va le faire pelletiser et il va durer deux à trois années.

S : Les houblons sont congelés ?

A : Non, ils sont stockés à froid entre 0 et 5°C. Juste au-dessus de la congélation. On a 5000 mètres carrés de hall froid ou tout est stocké.

S : Donc les brasseurs qui congèlent les houblons c’est une mauvaise pratique ?

A : Ils peuvent, ça évite de mettre du houblon à côté de la viande dans le frigo [rires]. Mais globalement 4-5°C ça suffit.

S : Vous avez parlé du bio, toutes vos variétés ont leur équivalent en bio ?

A : On a actuellement 20 hectares, sur les 465. On a 10 hectares qui sont en conversion troisième année, et 30 hectares supplémentaires qui sont en conversion deuxième année. La certification prend trois ans au total. Je dis toujours il faut trois mois pour faire une brasserie et trois ans pour faire du houblon. Et donc là sur certaines variétés on attend simplement la certification.

S : Merci pour votre disponibilité.